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"On nous voit danser à l'écran — personne ne voit qu'on pleure dans sa chambre"

Candidate remarquée de la saison 3 de Nouvelle Reine, Inès Kamara revient sans détour sur les coulisses de l'émission, la pression psychologique, et ce qu'elle a appris sur elle-même après des semaines de compétition intense.

Par T. Dongmo · 27 Mar 2026 · 6 min de lecture

Elle arrive à l'interview avec le sourire large et les yeux qui disent autre chose. Inès Kamara, 26 ans, originaire de Douala et installée à Lyon depuis quatre ans, a marqué les téléspectateurs de Nouvelle Reine par sa spontanéité, son humour tranchant — et cette façon qu'elle a de regarder la caméra comme si elle lui faisait confiance. Elle avait tort, dit-elle aujourd'hui. Et raison à la fois.

On la retrouve dans un café du 10e arrondissement de Paris, deux mois après la diffusion du dernier épisode. Elle commande un thé, pose son téléphone face contre la table. "Je veux être présente," dit-elle simplement. C'est peut-être ça, la différence entre l'Inès d'avant et celle d'après.

Ce que la télévision ne montre pas

Capsule News : On vous a vue souriante, légère, presque insouciante à l'écran. Est-ce que c'était réel ?

Inès Kamara : Réel, oui. Mais incomplet. Ce qu'on voit au montage, c'est dix minutes sur douze heures. Les douze heures, elles comprennent aussi les moments où tu te demandes ce que tu fais là, pourquoi tu as signé ce contrat, si ta famille va comprendre ce qu'elle voit. On nous voit danser à l'écran. Personne ne voit qu'on pleure dans sa chambre.

"J'ai mis trois semaines à rappeler ma mère après la diffusion. Pas parce qu'on s'est disputées. Parce que je savais qu'elle avait tout vu — et moi je n'avais pas encore les mots."

La candidate évoque une nuit en particulier, entre la quatrième et la cinquième semaine de tournage, où elle a failli abandonner. "Pas à cause des autres candidates. À cause de moi." Elle s'arrête, choisit ses mots. "Je ne me reconnaissais plus. Je répondais aux questions de la production comme je pensais qu'ils voulaient que je réponde. C'est là que j'ai compris ce que voulait dire 'perdre son authenticité'."

La compétition entre femmes — le vrai sujet

Capsule News : L'émission met en scène une compétition entre femmes africaines. Est-ce que vous trouvez ça problématique ?

Inès Kamara : La question est plus complexe que ça. En soi, voir des femmes comme nous — noires, africaines, diaspora — en prime time sur Canal+, c'est déjà une victoire. Mais la forme compétitive, oui, parfois ça m'a mise mal à l'aise. Parce que dans la vraie vie, on ne se bat pas pour une couronne. On se construit ensemble.

Elle précise rapidement qu'elle garde des liens forts avec plusieurs candidates. "On a un groupe WhatsApp. On s'appelle. Ce que la télé a fabriqué comme rivalité n'existe pas entre nous."

Et maintenant ?

Inès prépare un projet musical — elle compose depuis l'adolescence, une facette qu'elle n'a pas montrée à l'écran. Elle travaille aussi avec une association lyonnaise d'accompagnement des jeunes femmes issues de l'immigration. "Nouvelle Reine m'a donné une visibilité. Je veux en faire quelque chose de concret. Pas juste des stories Instagram."

Avant de partir, elle reprend son téléphone, le retourne. Trois notifications. Elle sourit. "C'est ma mère."